“Extrait” interview : DELPHINE GRYNBERG
Maitre de conférences en psychologie de la santé au laboratoire de sciences cognitives et affectives, CNRS/université de Lille.
L’empathie n’est en soi ni bonne, ni mauvaise : tout dépend de la façon dont on l’emploie.
Bien sûr, l’empathie n’est pas mauvaise en soi, c’est une capacité que nous avons et qui peut être utile pour venir en aide aux autres, mais comme de nombreuses aptitudes cognitives et émotionnelles, elle est sujette à des biais. En tant que telle, elle peut avoir dans certain cas des conséquences néfastes pour celui qui l’éprouve ou, au contraire, celui qui en est la cible.
La clé consiste certainement à savoir bien la gérer. Un peu comme avec les émotions. Les émotions sont aussi un matériau de base que nous ont livré l’évolution, le tout étant de les comprendre et de ne pas se laisser submerger par elles.
Certains individus se laissent-ils facilement submerger par l’empathie, au point de rencontrer des difficultés concrètes dans leur vie ?
Vous avez sûrement remarqué dans votre entourage que certaines personnes entrent beaucoup plus simplement en résonance avez-vous avez sûrement remarqué dans votre entourage que certaines personnes entrent beaucoup plus aisément en résonance avec les émotions d’autrui.
Devant un enfant qui pleure, elles se sentent immédiatement touchées et veulent faire quelque chose.
Le spectacle des informations télévisées, ou abondent les drames humains, les affectent profondément. À l’inverse, d’autres semblent assez immunisées contre cette forme d’empathie émotionnelle, qui consiste à entrer en résonance avec les affects d’autrui, à les éprouver soi-même pour les comprendre.
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Devant un enfant qui pleure, elles se sentent immédiatement touchées et veulent faire quelque chose.
Le spectacle des informations télévisées, ou abondent les drames humains, les affectent profondément. À l’inverse, d’autres paraissent assez immunisées contre cette forme d’empathie émotionnelle, qui consiste à entrer en résonance avec les affects d’autrui, à les éprouver soi-même pour les comprendre.
Mais les individus les plus empathiques sont confrontés à une charge de stress lorsqu’ils sont exposés régulièrement aux peines d’autrui.
Elles ont du mal à instaurer une distance entre soi et les autres, et reçoivent la souffrance de plein fouet, ce qui fait augmenter leur concentration d’hormones du stress comme le cortisol, et peut se traduire par une souffrance physique (cardiaque, notamment) et psychologique, pouvant aller jusqu’à la dépression.
Pour ces gens qui sont comme elles, ont du mal à instaurer une distance entre soi et les autres, et reçoivent la souffrance de plein fouet, ce qui fait augmenter leur concentration d’hormones du stress comme le cortisol, et peut se traduire par une souffrance physique (cardiaque, spécifiquement) et psychologique, pouvant aller jusqu’à la dépression.
Pour ces gens qui sont comme des éponges à empathie, il faut veiller à ne pas se confronter de manière répétée et ininterrompue à des situations ou les souffrances des autres sont patentes, trouver des temps de récupérations, et éventuellement apprendre à réguler ses émotions par des méthodes adaptées.
Quelles situations sont particulièrement pesantes pour les individus à haut niveau d’empathie ?
Toutes celles ou l’on se trouve confronté à la détresse d’autrui, et où se produit une véritable contagion des émotions négatives.
Par exemple, dans les hôpitaux, au sein des professions Humanitaires, face au spectacle de la souffrance d’autrui dans le monde. Certain métier sont à risque, comme celui d’infirmier ou infirmière. Ces professions sont en première ligne face à la souffrance, car c’est prioritairement à elle que s’adressent les patients en hôpital, plutôt qu’aux médecins qui sont perçus comme plus distant, voire intimidants.
L’empathie peut alors devenir une véritable source de détresse, et il va s’agir d’apprendre à la doser. L’important et de ne pas s’identifier complètement à la personne qui souffre. De mettre en œuvre ce qu’on appelle la théorie de l’esprit, cette capacité à bien savoir que les pensées et les émotions de l’autre lui appartiennent en propre, et que l’on a soi-même ses propres états affectifs. Certes, face à quelqu’un qui éprouve des émotions négatives , il est bon et utile de pouvoir identifier ce que cette personne ressent, mais il faut toujours que c’est elle, et non soi-même, qui éprouve les émotions négatives en question.
42 – 70 %
des travailleurs sociaux seraient en état de détresse émotionnelle à cause d’une exposition prolongée aux difficultés d’autrui, ce qui les envahit par contagion.
On parle de fatigue empathique.
Peut-on apprendre à gérer une forte empathie de façon à éviter les différents problèmes qu’elle peut entraîner ?
Parfois, c’est absolument nécessaire, et les contraintes du quotidien nous y obligent.
Concrètement, la régulation émotionnelle peut passer par une mise en mots : il s’agit de verbaliser ce que l’on ressent et de le renvoyer à la personne en face pour que chacun ne reste pas passif dans son empathie. Une infirmière ou un psychologue peut ainsi dire à son patient : Parfois, c’est absolument nécessaire, et les contraintes du quotidien nous y obligent.
Réellement, la régulation émotionnelle peut passer par une mise en mots : il s’agit de verbaliser ce que l’on ressent et de le renvoyer à la personne en face pour que chacun ne reste pas passif dans son empathie. Une infirmière ou un psychologue peut ainsi dire à son patient : “ce que vous me dites est très difficile, j’ai bien perçu que vous vivez quelque chose de dure, et cela me fait quelque chose, cela me touche” Renvoyer l’émotion brute par des mots permet de se décharger en partie sur le plan affectif, de ne pas tout garder et d’obtenir du soutien social, notamment auprès des collègues qui font face à la même réalité.
C’est une chose importante à dire : Renvoyer l’émotion brute par des mots permet de se décharger en partie sur le plan affectif, de ne pas tout garder et d’obtenir du soutien social, particulièrement auprès des collègues qui font face à la même réalité.
C’est une chose importante à dire : Vécue comme un choc émotionnel pur, sans signification, elle peut être destructrice.
Il est bon d’identifier ce que sent une personne en souffrance, mais il faut garder à l’esprit que c’est elle, et non soi-même, qui vit cette souffrance.
Dossier “les pièges de l’empathie”
CERVEAU & PSYCHO n°98 Avril 2018
Quelles situations sont particulièrement pesantes pour les individus à haut niveau d’empathie ?